Préparer le CRPE · Se rassurer

Suis-je trop nul en maths pour réussir le CRPE ?

Si tu lis cette page, tu as sans doute déjà repoussé plusieurs fois le moment d'ouvrir un manuel de maths. Tu n'es pas seul : au CRPE, un candidat sur deux déclare avoir peur des mathématiques. La bonne nouvelle, c'est que cette peur ne décide pas de ta réussite. Voici pourquoi, de la part de quelqu'un qui a passé trente ans devant des élèves.

Par un ancien professeur de mathématiques · Lecture : 6 minutes

" Je suis nul en maths. " C'est la phrase que j'ai le plus entendue en trente ans de carrière, chez des élèves en difficulté. Derrière ces mots, il y a rarement un vrai manque de capacités. Il y a presque toujours une histoire : une année qui s'est mal passée, un professeur qui est allé trop vite, un jour où l'on a décroché et où l'on n'est jamais remonté dans le train.

Cette peur est réelle, et je ne vais pas la balayer d'un revers de main. Mais je vais te montrer trois choses : le niveau attendu au CRPE est plus bas que tu ne le crois, ta peur peut même devenir un atout, et il existe un chemin concret pour repartir de là où tu en es.

La bonne nouvelle : le CRPE ne cherche pas des mathématiciens

C'est le malentendu le plus répandu, et le plus décourageant. Beaucoup de candidats s'imaginent qu'il faut " avoir la bosse des maths ", maîtriser des notions de lycée pointues, calculer vite et sans erreur. C'est faux.

Le programme de l'épreuve de mathématiques du CRPE correspond aux attendus de fin de collège, le cycle 4. Pas de terminale, pas de mathématiques supérieures. On parle de fractions, de pourcentages, d'aires et de périmètres, de proportionnalité, de géométrie simple. Des notions que tu as toutes croisées, même si elles te semblent aujourd'hui lointaines.

Et surtout : le jury ne cherche pas un mathématicien. Il cherche un futur professeur des écoles, c'est-à-dire quelqu'un capable d'expliquer une notion à un enfant, de comprendre pourquoi un élève se trompe, et de l'aider à progresser. La technicité pure compte beaucoup moins que la clarté du raisonnement. L'enjeu, ce n'est pas de découvrir des maths difficiles : c'est de retrouver une maîtrise solide de choses simples.

Ta peur des maths n'est pas un obstacle : c'est un atout caché

Voici ce que personne ne te dit, et qui va peut-être te surprendre venant d'un ancien prof de maths.

Un candidat qui a toujours trouvé les maths faciles a un angle mort : il ne comprend pas pourquoi un élève bloque, parce que lui, n'a jamais bloqué. Toi qui as galéré, qui as ressenti la panique devant un énoncé, qui as connu le fameux " je ne comprends rien ", tu as une longueur d'avance que tu ne soupçonnes pas. Tu sais de l'intérieur ce que vit un enfant en difficulté.

Or c'est exactement ce que le CRPE évalue. L'épreuve, et plus encore l'oral, te demande d'analyser les erreurs des élèves : qu'est-ce qui, dans la tête de l'enfant, l'a conduit à se tromper ? Une erreur n'est pas un échec, c'est une information sur sa façon de raisonner. Et pour lire cette information, avoir soi-même connu la difficulté est un avantage, pas un handicap.

Ta peur des maths, si tu la transformes en empathie pédagogique, devient l'une de tes meilleures cartes le jour du concours.

" Mais je ne sais même plus faire un pourcentage… "

Prenons un exemple, parce que rien ne rassure comme le concret. Une question très classique : dans un magasin, un article à 40 € est soldé à −30 %. Quel est son nouveau prix ?

Le raisonnement, pas à pas

−30 %, cela veut dire qu'on enlève 30 centièmes du prix. On cherche donc d'abord 30 % de 40 €.

30 % de 40 = 0,30 × 40 = 12 €

On retire cette remise du prix de départ :

40 − 12 = 28 €

L'article soldé coûte 28 €. Et il y a même une astuce : enlever 30 %, c'est garder 70 %. Donc 0,70 × 40 = 28 € directement.

Si tu as suivi ce raisonnement, même lentement, même en le relisant deux fois : tu n'es pas " nul en maths ". Tu es simplement quelqu'un qui n'a pas pratiqué depuis longtemps. Ce n'est pas la même chose, et ça se rattrape.

Par où commencer quand on part de loin

Le piège, quand on a peur, c'est de vouloir tout revoir d'un coup et de refermer le manuel au bout de vingt minutes, écrasé par la masse. La bonne stratégie est l'inverse.

Un petit pas chaque jour, plutôt qu'un marathon le dimanche

La régularité bat l'intensité. Quinze minutes de maths par jour, tous les jours, t'apporteront bien plus qu'une longue séance épuisante une fois par semaine. Le cerveau apprend par la répétition espacée : revoir un peu, souvent, au bon moment. C'est aussi ce qui fait retomber la peur. On s'apprivoise par petites doses.

Repartir des bases sans en avoir honte

Reprends une notion simple, une seule, et travaille la jusqu'à la sentir solide avant de passer à la suivante. Fractions, puis pourcentages, puis proportionnalité : tout est lié, et chaque base consolidée rend la suivante plus facile. Tu verras vite que ce n'était pas " des tonnes de choses à apprendre ", mais quelques idées centrales qui reviennent partout.

Comprendre l'erreur plutôt que la fuir

Quand tu te trompes, ne tourne pas la page. Demande-toi exactement le raisonnement a dérapé. C'est le geste le plus formateur qui soit et c'est précisément celui que tu devras enseigner à tes futurs élèves.

À retenir

Le niveau de maths attendu au CRPE est celui de la fin du collège, pas celui d'un mathématicien.

Avoir eu peur des maths est un atout : tu comprends de l'intérieur les blocages des élèves, ce que le jury valorise.

La régularité (un petit pas chaque jour) bat l'intensité, et fait retomber l'appréhension.

" Nul en maths " veut presque toujours dire " je n'ai pas pratiqué depuis longtemps " et ça, ça se rattrape.

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